Suggestions de lecture du 24 novembre 2018 | SB
/artsandentertainment/books
Livres

Suggestions de lecture du 24 novembre 2018

Chrystine Brouillet vous suggère sept bons romans!

  

1. Les fureurs invisibles du cœur  

John Boyne

JC Lattès

Irlande 1945, Catherine Gogin, 16 ans, fille-mère est chassée de son village et part pour Dublin où elle accouche d’un garçon qui sera adopté par un couple étrange, Charles Avery et son épouse Maude, romancière, qui lui répèteront régulièrement qu’il n’est pas de leur sang, qu’il n’est pas un vrai Avery. Sans être malmené, Cyril n’est pas aimé et il est rapidement fasciné par Julian, dont il recherche l’amitié. Et dont il tombe amoureux plus tard à son grand désespoir : l’homosexualité dans les années 70 est réprimée et oblige Cyril à des mensonges qui manqueront de le détruire. 

Cette fresque remarquable de l’Irlande qui court sur des décennies est d’un souffle si puissant qu’on ne peut s’arracher à cette bouleversante lecture où alternent la cruauté et l’empathie, l’humour et la gravité et où la richesse des personnages rivalise avec la complexité de leur histoire. Époustouflant! 

  

2. Ombres sur la Tamise  

Michael Ondaatje

Boréal

La Seconde Guerre mondiale vient de se terminer laissant Londres défigurée par les bombardements, ses habitants choqués, désemparés. Alors que Rachel et Nathaniel auraient besoin d’être rassurés par leurs parents, ceux-ci les quittent, prétendant devoir travailler à Singapour. Un tuteur étrange que les enfants surnomment le Papillon de nuit, prendra soin d’eux, les protègera. De qui? De quoi? D’une bonne partie de la vérité en ce qui concerne Rose, la mère des adolescents? Du rôle exact que jouent tous ces gens qui débarquent chez eux en l’absence de leurs parents? Des années plus tard, Nathaniel est toujours en quête de réponses et cherche qui était Rose, cette femme qui rêvait d’un autre destin que celui d’être mère au foyer. 

Le brouillard de la Tamise, nimbant tout d’onirisme, est ici en parfaite adéquation avec l’intrigue tissée d’opacité qui entoure Rose, accentuant le mystère de chacun de ces personnages aussi secrets qu’originaux, envoûtant le lecteur dès les premières lignes. 

 

3. Les chars meurent aussi  

Marie-Renée Lavoie

XYZ

Les chars meurent peut-être, mais pas avant d’avoir été rafistolés plusieurs fois par Laurie, dont le père travaille dans un garage et qui refile quelques notions de mécanique à sa fille tendrement aimée. Par lui, par Suzanne, sa mère qui lui transmet son goût pour la lecture et son empathie envers les moins gâtés par la vie : l’irrésistible petite Cindy, gamine amochée par des parents plus qu’incompétents se réfugie souvent auprès de cette famille tellement chaleureuse qu’on voudrait bien l’imiter et passer nos soirées avec eux. Marie-Renée Lavoie a un don particulier pour évoquer le quotidien avec autant de tendresse que d’ironie, autant de profondeur que de légèreté : une funambule en parfait équilibre entre toutes ces émotions et ces petits ou grands évènements qui façonnent l’existence, qui esquissent une société en mutation. Du bonbon! 

 

4. Imagine  

John Lennon/Yoko Ono

Éditions de l’Homme

Est-ce que tous ceux qui étaient réunis pour donner forme à Imagine se doutaient qu’il deviendrait un album culte? Non. Mais tous les témoins que Yoko Ono a rejoints pour évoquer leur souvenir de la création d’Imagine affirment qu’ils sont tombés sous le charme à la première écoute, qu’ils étaient certains que cette chanson aurait du succès... Quarante-sept ans après le mythique enregistrement, ce livre somptueux nous donne accès à la genèse d’Imagine, de chacune des chansons qui composent l’album, aux témoignages des musiciens, producteur, secrétaire, assistant, manager, ingénieur de son, cameraman, bref des hommes et des femmes qui ont participé à cet évènement artistique qui a marqué le XXième siècle. La fabuleuse iconographie, la présence attentive et toujours amoureuse de Yoko Ono à travers cet hommage à John Lennon, leur message de paix qu’elle s’entête à porter, les confidences étonnantes ou amusantes, les réflexions sur la création, et les superbes photos (dont plusieurs de David Bailey) font de ce livre un objet lumineux, émouvant, essentiel. 

 

5. Les femmes artistes sont dangereuses  

Laure Adler/Camille Viéville

Flammarion

«On ne naît pas artiste, on le devient» écrit Laure Adler qui assène ensuite cette vérité : comment y parvenir quand on est née sans droit, comment avoir accès à un atelier, à des pinceaux, des couleurs? Cet ouvrage remarquable en tous points, à travers les portraits d’une cinquantaine d’artistes, démontre à quel point ces femmes ont dû se battre pour exercer leur art, courageuses, audacieuses, devant conquérir leur autonomie, refuser les étiquettes, dont celles d’épouse ou de compagne d’artistes qui s’essaient aussi à créer, songeons ici à Camille Claudel ou Dora Maar, occultées par Rodin et Picasso... La reconnaissance est lente, très lente à venir, mais ce livre y participe de façon magistrale, réunissant Berthe Morisot, Nicky de Saint-Phalle, Georgia O’Keefe ou Frida Kahlo connues du grand public à Annette Messager, Lygia Park, Sophie Calle, Judit Reigl ou Claude Cahun. D’une facture impeccable, cet ouvrage donne envie d’aller à la rencontre de toutes ces femmes qui ont défié les conventions sociales au nom de la création. 

  

6. Pêche à la ligne  

Christian Vézina/André-Philippe Côté

Somme toute

Un titre qui évoque avec esprit la manière de lire cet ouvrage : en prenant le temps, en goûtant les instants entre chacune des prises pour mieux savourer celles-ci, qu’elles soient à saveur philosophique, sociale, politique ou poétique. Cet ouvrage à la fois tonique et apaisant, rehaussé par la plume tendre et ironique d’André-Philippe Côté, est serti de pensées qui résument si habilement des évidences qu’elles nous arrachent par leur justesse des exclamations de surprise. Et beaucoup de sourires. Comment lire autrement « La lumière dans les yeux d’un enfant est un phare très sûr» ou «La réflexion prend le temps, la discussion n’en laisse pas» ou encore «La neige sait des choses au sujet du silence»? Qu’il parle de la langue de bois, du flou artistique, de l’amour, de la révolte ou du temps qui passe, le poète nous offre toutes ces perles avec une sagesse bienvenue. 

  

7. La rivière  

Stéphane Poulin/Olivier de Soulminihac

Sarbacane

Jim le renardeau et son amie la chèvre Marguerite décident avec leur copain l’ours Michao d’aller s’amuser près de la rivière. Ils louent, contemplent les environs, puis observent un joli village de l’autre côté de la rivière. Michao aimerait bien traverser ces eaux tumultueuses pour retrouver un ami qui habite de l’autre côté de la rive, mais il n’y a pas de pont. Lorsque que Jim plonge par mégarde dans la rivière, Marguerite et Michao n’ont pas d’autre choix que de sauter à leur tour pour le sauver. 

Une histoire aussi douce que les mimiques des personnages qu’on voudrait tous adopter, aussi tendre, aussi joyeuse que les illustrations toujours éblouissantes de Stéphane Poulin.

À lire aussi

Et encore plus