[AUDIO] William Deslauriers s'ouvre sur sa dépression: «J'étais vraiment au bout du rouleau» | SB
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[AUDIO] William Deslauriers s'ouvre sur sa dépression: «J'étais vraiment au bout du rouleau»

Photo courtoisie, Alex Drouin

William Deslauriers, dans sa maison à Laurierville. Le chanteur dit n’avoir jamais arrêté d’aimer la musique, malgré les durs moments qu’il a traversés au cours des dernières années.

Durant la dernière année, l’ex-académicien William Deslauriers a vécu une dépression qui l’a amené à passer quelques jours dans une aile psychiatrique. « Mon cœur battait, mais je me battais pour qu’il arrête », révèle le chanteur en entrevue au Journal.

  •  William Deslauriers était l'invité de Sophie Durocher mercredi à QUB radio. Écoutez l'entrevue complète:

 

 

L’univers de William Deslauriers s’est écroulé en janvier dernier lorsque sa copine de longue date, Annabelle Mercier-Fillion, a voulu mettre un terme à leur relation. Le couple, parent d’un enfant, s’était acheté une maison quelques mois plus tôt.

La douleur ressentie par l’auteur-compositeur-interprète derrière les succès Je lève mon verre et Recommencer tout à zéro était insupportable. « Je pleurais sans arrêt, raconte le jeune homme de 28 ans. C’est à ce moment que j’ai réalisé que je devais me guérir. »

Ses proches sont venus l’aider, mais voyant qu’il était inconsolable, ils ont décidé d’appeler l’ambulance.

« J’étais brisé et je savais que la maison serait vide quand j’allais revenir », confie celui qu’on a connu à Star Académie, en 2009.

Dépression et psychose

Ce soir-là, William Deslauriers a quitté sa maison en ambulance à destination de l’aile psychiatrique de l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska. Il y est resté pendant six jours, recevant au passage un diagnostic de dépression et d’une psychose.

« Des professionnels m’ont confirmé que je n’allais pas bien », relate l’artiste qui, sept ans plus tôt, décrochait quatre nominations au gala de l’ADISQ.

Pendant les six journées qu’il a passées au sixième étage de l’hôpital, William n’a jamais voulu quitter sa chambre. « Je préférais me faire reconnaître au dépanneur qu’à l’hôpital », admet le guitariste, un peu honteux.

Au final, il n’est sorti que deux ou trois fois, pour recevoir des appels ou prendre un peu l’air.

Seul dans sa chambre, William a beaucoup pensé. « Je réfléchissais à ma reconstruction. Je voulais dissiper mes peurs pour retrouver le bonheur. »

Retour à la maison

Constatant qu’il se portait mieux, les médecins lui ont permis de retourner chez lui en s’assurant qu’il poursuive ses rencontres hebdomadaires avec le psychologue, qu’il voyait déjà depuis quelques mois.

« Quand je suis revenu chez moi, je savais que j’allais mieux, mais je n’étais pas guéri », se souvient celui qui avait enlevé tous les miroirs chez lui pour éviter de voir son reflet.

« Je n’ai jamais pensé au suicide, mais je me suis déjà demandé si ça valait la peine de continuer », avoue le jeune homme.

Le chanteur révèle qu’il n’avait plus la force de mettre des bûches dans son foyer pour chauffer sa maison. Pour se réchauffer, il buvait du jus de piment fort et s’enroulait dans une couverture. Au moment de notre entrevue, il y avait encore, dans son sous-sol, 10 cordes de bois qui devaient servir pour l’hiver dernier.

« Je me suis enfermé avec de l’alcool et tout ce qui venait avec, reconnaît-il. Est-ce que j’ai consommé ? Oui. »

Quand il voyait ses amis arriver chez lui pour prendre des nouvelles, William rageait intérieurement parce qu’il savait qu’il devait leur mentir et dire que tout allait bien pour vivre sa peine en paix.

Épuisement professionnel

Au moment de recevoir le diagnostic du médecin, l’hiver dernier, William Deslauriers ignorait depuis combien de temps il était en dépression, mais il savait qu’il se sentait dépérir depuis environ trois ans. Comme plusieurs artistes avant lui, il avait dû battre le fer pendant qu’il était encore chaud et avait longtemps accepté tout ce qu’on lui proposait.

Le chanteur devait jouer le jeu. Il s’était promené aux quatre coins du Québec pour promouvoir – avec succès – ses deux premiers albums. Le premier, Un pied à terre, s’est d’ailleurs écoulé à 50 000 exemplaires.

« J’étais épuisé physiquement après mon premier album et j’ai commencé à l’être mentalement après la sortie du deuxième », se souvient l’ex-protégé de Productions J.

Quelques heures après le lancement d’Aux quatre coins de ma tête, au printemps 2013, il était retourné chez lui, dans son appartement jalonnant la rue Notre-Dame, à Montréal, et avait éclaté en sanglots dans l’entrée.

« C’est à partir de là que j’ai commencé à “downer”, souligne le chanteur. Le contenu de mes albums a toujours été du William Deslauriers, mais pas le contenant qu’il y avait autour. J’étais en train de devenir une personne que je n’étais pas et j’essayais d’être la personne que les gens voulaient que je sois. »

« Quand j’arrivais chez moi, je n’avais pas la tête libre et je n’étais plus capable d’être le chum que j’étais », poursuit-il.

Sa deuxième tournée a également été génératrice de nombreux moments d’angoisse. « J’avais peur d’aller sur la scène et il fallait me tirer par le bras pour m’y rendre. Mais une fois devant le public, j’étais vraiment heureux ! »

Relations tendues

William Deslauriers a quitté Productions J, la boîte de production derrière ses deux premiers opus, quelques mois après la parution du deuxième.

En novembre 2015, le chanteur a sorti un troisième disque, Le courant passe, mais des relations tendues avec son gérant de l’époque ont fait en sorte qu’il n’a pu se promener à travers la province pour faire entendre ses nouvelles chansons.

« J’ai fait environ 350 spectacles pour mes deux premiers albums, et pour celui-là, environ 10 », mentionne le chanteur, avec amertume.

Cet échec a énormément affecté le moral de l’artiste, qui s’est mis à avoir des problèmes de sommeil en plus de perdre son appétit. « J’étais tellement sur les nerfs à longueur de journée. »

Sur la bonne voie

La dépression a frappé William Deslauriers sans qu’il s’en aperçoive et elle est partie de manière semblable. Le chanteur a réalisé qu’il était sur la bonne voie quand son psychologue lui a dit qu’il pouvait commencer à espacer leurs rencontres hebdomadaires toutes les deux semaines.

Aujourd’hui, l’artiste consulte son psychologue une fois par mois.

Plusieurs personnes ont aidé William Deslauriers à recouvrer la santé. Parmi elles, l’auteur-compositeur cite son fils de 1 an et demi. « Mon garçon m’a donné la plus grande des forces pour que je redevienne le papa que j’étais », indique celui qui remercie également ses proches et chacun des professionnels qu’il a rencontrés au cours des derniers mois.

« J’ai recommencé à vivre comme une personne qui avait cessé d’exister depuis trois ans. »

 

Un nouvel album

Les fans de William Deslauriers seront heureux d’apprendre qu’il prépare la sortie d’un quatrième album et qu’il a récemment passé quelques jours en studio pour enregistrer de nouvelles chansons.

« Ce que j’ai vécu peut aider les autres, et c’est ce que je veux. Je veux raconter ce que je suis devenu, et malgré qu’on ait un genou à terre dans la vie, on peut réussir à se relever et revenir plus fort », observe celui qui compte lancer du nouveau matériel durant l’année 2019.

 

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