Salut Bonjour | Les suggestions lectures du 22 juin 2019
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Les suggestions lectures du 22 juin 2019

 Chrystine Brouillet nous partage ses coups de cœur littéraires de la semaine! 

 À voir aussi : Suggestions lectures du 15 juin 2019 

 1- Libre comme l’air 

 Sara Lövestam       

 La bête noire/Robert Laffont 

  

 Né Nesrine en Iran, sans-papiers, Kouplan tente de survivre à Stockholm dans un minuscule abri sous le métro qu’il partage avec deux colocataires héroïnomanes. Pour manger, pour payer ses stéroïdes, il accepte une mission de détective privé : Ulrika croit que son mari Hakän la trompe. Ce que Kouplan découvre est bien plus dangereux qu’une banale liaison... 

  

 Kouplan est sans nul doute un des personnages les plus intéressants, tous polars confondus, des dix dernières années : aussi attachant que débrouillard, candide et pourtant lucide, on tremble pour lui en le suivant dans cette Suède où les fossés se creusent entre les nantis et les pauvres, alimentés par une consternante absurdité bureaucratique.  

  

 Une intrigue où les pièges se multiplient, un style très imagé, des personnages atypiques : dépendance affective garantie! 

  

 2. Succion 

 Yrsa Sigurdardottir            

 Actes noirs/Actes Sud 

  

 Islande, 2004 : Vaka attend son papa qui doit venir la chercher à sa nouvelle école. Mais il n’arrive pas. Elle reconnaît une élève et la suit chez elle pour téléphoner à son père. L’air terrifié de Sigrun aurait dû l’alerter. Vaka aurait dû rester sur place, ne jamais aller chez cette élève à qui il manque deux doigts. Cette élève qui vit chez un monstre qui ne fera qu’une bouchée de Vaka. Quand Jonsson, le criminel, sort de prison des années plus tard, ses enfants redoutent le pire...Est-ce que les mains coupées qu’on trouve dans le jacuzzi de la demeure d’un procureur pourraient être son œuvre? L’inspecteur Huldar et la psychologue Freyja tenteront de découvrir la vérité. Une vérité bien plus terrible que ce qu’ils imaginaient. 

  

 Dès la disparition de Vaka, nous retenons notre souffle! Redoutablement efficace, Sigurdardottir nous entraîne dans les dédales d’une enquête aux ramifications tordues qui nous glace le sang. 

  

 3- Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla 

 Jean-Christophe Rufin    

 Gallimard 

  

 1958 : coup de foudre en Ukraine où Edgar, jeune Français vaguement journaliste, croise le regard de Ludmilla qui ne cesse de le hanter ensuite. À Paris, il décide de tout faire pour revoir cette femme qui l’a ensorcelé et retourne en Ukraine pour l’épouser. Ce sera leur premier mariage...suivi de plusieurs autres où Edgar et Ludmilla seront tour à tour riches et pauvres, célèbres et anonymes, heureux ou désespérés. Ils traverseront un demi-siècle, de la Russie jusqu’en Amérique, étapes que retrace leur beau-fils qui s’est fait biographe. Un biographe très crédible : jusqu’à la fin du roman, on se demande quelle est la part de vérité dans cette histoire si romantique car, bien sûr, on a envie d’y croire. On a envie de croire que l’amour triomphe des embûches, des mensonges, des trahisons. La plume si élégante de Rufin nous murmure que tout est possible... 

  

 4- Diner à Montréal 

 Philippe Besson      

 Julliard 

  

 Un romancier français arrive à Montréal pour une tournée de promotion. Lors d’une séance de signatures, Paul, un homme qu’il a aimé dans sa jeunesse, vient le voir. Ils décident de souper ensemble. Le narrateur viendra avec Antoine, son amant, Paul avec sa femme qu’il avait choisie dix-huit ans plus tôt, quittant alors le narrateur. Que sont-ils devenus au cours de toutes ces années? Ont-ils souvent pensé l’un à l’autre? Sont-ils heureux des choix qu’ils ont faits? Est-ce une bonne idée que ce dîner où tant de choses doivent être dites entre les conversations d’usage, les banalités? 

  

 Que de grâce dans les observations si fines de l’auteur, que d’équilibre entre l’autodérision et les réflexions si justes sur le temps qui passe, sur la passion, sur la liberté, que de précision dans ces dialogues qu’on aimerait entendre au théâtre : le charme opère tout au long de ce roman doux-amer, à la fois intriguant et réconfortant. 

  

 5- Kaiser Karl 

 Raphaëlle Bacqué      

 Albin Michel 

  

 19 février 2019, Karl Lagerfeld s’éteint. Ses dernières volontés : ni exposition, ni funérailles n’ont pas été respectées. Il y a eu une cérémonie. C’est peut-être la première fois qu’on désobéit aux ordres du Kaiser qui a su durant des décennies imposer ses idées visionnaires. Dès son arrivée à Paris à dix-neuf ans, il montre toute la détermination qui l’anime, qui le gardera continuellement en compétition avec Yves Saint-Laurent, qui le poussera à s’inventer, se réinventer, à créer pour Chloé, Fendi et l’illustre maison Chanel qu’il rajeunira avec les visages d’Inès de la Fressange ou Claudia Schiffer. Un travailleur acharné, solitaire, amoureux désincarné, ce polyglotte ami d’Andy Warhol a traversé les époques en les devançant, disant «le changement est la plus saine façon de survivre». La plume si alerte, si raffinée de Raphaëlle Bacqué nous offre un portrait si passionnant de cet homme qu’on a l’impression de lire un roman! 

  

 6- Salon Dorlorès et Gérard 

 Sylvain Cabot        

 Michel Lafon 

  

 Michel, 19 ans, commence son apprentissage dans un salon de coiffure. Il a tout à apprendre du métier...et de la vie. Heureusement pour lui, Carole, jeune coiffeuse sensuelle et Annie l’esthéticienne l’aideront à s’accepter, le convaincront qu’il ne faut pas être un Adonis au corps parfait pour avoir des chances de séduire... 

  

 Comment ne pas s’attacher à Michel, si candide et aux personnages sans prétention de cette comédie romantique qui allie humour et tendresse? Même la détestable Mme Duclou finit par nous plaire!

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